Pacification avant/ après…

Depuis 2008, l’Etat de Rio a mis en place une politique de pacification des favelas de la ville. L’objectif pour l’Etat est de reprendre pied dans ces quartiers dominés par le trafic de drogue, les armes et pour certaines, les milices paramilitaires.

Les termes employés relèvent souvent du vocabulaire guerrier. On parle dans la presse brésilienne d’occupation, d’invasion, d’incursion… Parmi le millier de favelas que compte Rio de Janeiro, les situations diffèrent, en fonction de leur histoire, de leur taille, de leur intégration dans la ville. Certaines favelas, situées près des zones touristiques, et donc des bassins d’emplois, ont permis de servir de modèles, comme Santa Marta, à Botafogo, connue pour être la première favela pacifiée, ou Cantagalo Pavão-Pavãozinho, juste au-dessus du chic quartier d’Ipanema. La Cité de Dieu, située à Jacarepaguá, à l’Ouest de Rio a également été pacifiée. En tout, 13 favelas ont été pacifiées. Pour en savoir plus sur la politique de pacification, voir le site des UPP.

Qu’est ce que cela signifie exactement? Dans un  premier temps, le BOPE (Batalhão de Operações Policiais Especiais), une police d’élite, a pour mission d'”entrer” dans la favela, armé, avec chars et méthodes de guerre, pour chasser les trafiquants. Lors de cette première phase qui peut durer plusieurs semaines, deux cas de figure se présentent: soit les trafiquants résistent, et les habitants se retrouvent pris entre deux feux, avec souvent des victimes de balles perdues, soit les bandits, avertis par la presse, choisissent de quitter la favela avant l’arrivée du BOPE.

Ensuite, une UPP (unité de police pacificatrice) installe ses quartiers, en général sur les lieux d’une ancienne “boca de fumo” (là où se vendait la drogue), ou repère des trafiquants, et commence un travail de proximité. La philosophie est selon le Colonel Robson, coordinateur des UPP de Rio, de “travailler main dans la main avec les habitants, afin qu’ils deviennent demandeurs de nos services“. Mais une fois les armes et les trafiquants expulsés, tout n’est pas rose. Les conditions sanitaires restent critiques (égouts, déchets), l’éducation, les transports sont autant de nouveaux défis que l’Etat doit améliorer.

L’année dernière, le Morro dos Macacos, fait la Une de la presse internationale. A la suite de l’invasion d’un groupe du Comando Vermelho (l’une des factions qui se partagent le pouvoir dans les favelas de Rio) de San João envahit le Morro dos Macacos, dominé par ADA (Amigos dos Amigos, une faction rivale), dans le quartier Vila Isabel, au Nord de Rio, près du stade Maracanã. La police militaire et le BOPE s’interposent dans cette lutte pour la prise de position stratégique pour le trafic de drogue. Résultat: un hélicoptère de la police est abattu. Deux policiers meurent carbonisés. C’est la première fois qu’un hélicoptère de la police est atteint par les balles des trafiquants. Les images sont impressionnantes.

Au sommet du Morro Dos Macacos, la signature d’un certain “Pikena” membre d’ADA

Un an plus tard, le Morro dos Macacos (“la colline des singes”) reçoit la visite du BOPE. Aucun coup de feu. Les têtes du trafic seraient, selon la presse brésilienne, partis à Rocinha, la plus grande favela de la ville, située à São Conrado, dans la Zone Sud, près des plages. La presse publie le jour suivant l’entrée du BOPE des photos d’enfants, “jouant” sur le char de la police. Le message n’en demeure pas moins ambigu. Le sous-entendu est “voyez comme ils sont heureux aujourd’hui, ils sourient, lèvent le pouce, assis sur un char“. Cette image semble traduire le bon accueil que font les habitants aux policiers.

Des enfants du Morro dos Macacos, avec José Maria Beltrame, secrétaire à la Sécurité de l’Etat de Rio, sur un char du BOPE/ ODia

Le lendemain, une autre photo vient démontrer la limite de cette première photo. On y voit des enfants jouer…à la guerre. A la place du pouce en l’air, (réflexe quasi pavlovien chez les gamins d’ici face à un appareil photo), un enfant feint de tenir une arme, pointant le photographe. Et la légende, explicite: “les enfants ont encore en mémoire la violence et l’habitude des armes“.

La question est là. Quand vous arrivez dans une favela pacifiée, en fonction de la façon dont on pose les questions, deux réalités se dessinent.”Oui, c’est mieux maintenant, on est plus tranquilles“, ou bien “bien sur il reste de la drogue et de la violence“. Cet avant-après, schématique, est bien facile. Il faut creuser un peu. C’est la même chose pour les armes. A premier abord, certains disent que cela ne les dérange pas. C’est justement le problème: l’habitude. L’intériorisation d’un danger qui pousse à s’interdire de faire certaines choses. En réalité, personne n’aime croiser un revolver en déposant sa fille à la crèche, ni effleurer la crosse d’une AK47 en passant dans une rue étroite. Le simple fait de ne pas les regarder, de baisser les yeux montre que l’on se soumet, d’une certaine façon à la loi de celui qui porte l’arme. “Tu as le pouvoir, pas moi, je m’écrase“, en quelque sorte. Une amie, un peu éméchée, a dit l’autre jour, sur le chemin vers la gay pride de Rocinha, “Eh, ne tire pas, laisse moi juste passer, après tu tires“, dans un éclat de rire. Du second degré, mais quand même… Bref, le rapport au pouvoir parallèle, justement parce qu’il n’est pas forcément visible, ne réponds pas des lois écrites et discutables, reste très ambigu.

Au Morro dos Macacos, une semaine après l’arrivée du BOPE, le président de l’association des habitants, Adolfo, derrière ses petites lunettes de fer, décrit une nette amélioration. “Vous seriez venue il y a une semaine, ici il y avait un ballet incessant de motos, c’était même dangereux de traverser la rue, il y a avait des bandits armés juste au coin, par là“.

Une vieille dame monte, pas à pas le tortueux chemin. Elle s’appelle Eliete, c’est l’une des plus anciennes de la favela, elle est là depuis 1972. Elle ne veut pas être filmée. “Si quelqu’un voit mon visage à la télé, c’est mauvais pour moi“, craint-elle.  Malgré son caractère bien trempé, Eliete semble renfermer un secret. De sa maison, tout en haut, près de l’actuel quartier du BOPE, elle voyait les invasions arriver. Un peu à l’écart, cette coquette octogénaire a plusieurs fois du éteindre sa lumière pour ne pas faciliter l’arrivée des “allemands”, puisque sa maison est le premier repère, le plus à l’Ouest de la colline. Les “allemands”? C’est le nom donné à tout envahisseur, qu’il soit du Complexo do Alemão ou non. Si quelqu’un connaît l’origine de cette appellation, autre que l’histoire des guerres européennes…

Eliete, devant sa maison, au Morro dos Macacos, Vila Isabel/ MN

Eliete, comme beaucoup d’habitants des favelas pense que d’ici peu, les UPP vont s’en aller, que le trafic va revenir. Parler, dénoncer, renseigner n’est donc pas prudent. Dénoncer. Le mot est fortement connoté, mais le BOPE ose l’incitation en distribuant un petit papier sur lequel il est écrit, noir sur blanc:

NA LUTA PELA PAZ! DENUNCIE. SO VOCÊ PODERA AJUDAR!” (“dans la lutte pour la paix. Dénoncez. Vous seul pouvez aider!“, suivi de deux numéros de téléphone pour joindre le BOPE. Remarquez une fois encore la terminologie belliqueuse “lutter pour la paix” et non “restaurer” ou “préserver”.

Eliete se confie peu à peu. En Avril dernier, à trois heures du matin, un proche de son fils est venu le chercher chez lui. “J’ai tout de suite compris que je ne le reverrai pas“, murmure-t-elle. Dans les règlements de compte, les trafiquants sont sans pitié. A 28 ans, le fils d’Eliete a été brûlé. Elle n’en sait pas plus. Le bruit a couru qu’il avait violé quelqu’un. “Un pretexte, c’était pas son genre, et s’il a fait ça, il était shooté au crack“. Et le corps de son fils, elle ne l’a pas récupéré. Ni même demandé. “Je ne vais pas m’abaisser à réclamer son corps, de toutes façons il n’y a plus rien“.

Une mère de famille vient chercher son fils, en train de jouer autour de la voiture des policiers du BOPE, ironie, elle tient à la main un hélicoptère en plastique…/ MN

Au sommet de la colline, l’équipe du BOPE déjeune sous une tente, près d’un terrain de sport défoncé. Le drapeau du Brésil et celui du BOPE flottent maintenant au dessus du morro. L’Etat est là. Les trafiquants ont fui. Les habitants apprennent à vivre selon de nouvelles règles, avec une présence policière qu’ils acceptent ou supportent.

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Brésil: Une gay pride au cœur de la plus grande favela d’Amérique latine

 

REPORTAGE. Dimanche, l’association des habitants de Rocinha a organisé la première «parada gay» au cœur du quartier, pour réunir homos, trans, drag-queens et sympathisants dans une ambiance festive et chaleureuse, «sans préjugés, avec respect».

Le char dans la rue principale de Rocinha, suivi par une foule multicolore

Les drapeaux arc-en ciels, les déguisements et les tubes dance du moment remplacent les trafiquants armés, le funk et le bruit des motos. La rue principale de Rocinha, communauté de plus de 150.000 habitants est décorée de tulle multicolore et de ballons. «Rocinha, c’est une ville tellement c’est grand, et nous sommes fiers de réunir autant de gens aujourd’hui, pour montrer que nous sommes tolérants», explique Cacahouète, de l’association des habitants.

«Un gay, ca s’écrase un peu»
Alexandre, lentilles de contact bleu ciel, est depuis quatre ans avec Fernando. Ils habitent ici, «parce que c’est moins cher», disent-ils en chœur. Rejeté par ses parents, Fernando a passé quelques jours dans la rue avant de trouver un poste comme coiffeur à Copacabana. Des blagues homophobes, il en entend tous les jours. «Alors qu’ici, les trafiquants me respectent, me disent bonjour», explique-t-il. Mais il reste discret. Ne donne pas la main à son copain, «parce que c’est un milieu macho, avec des armes et tout, donc un gay, ca s’écrase un peu».

Alexandre et Fernando, en couple depuis 4 ans, habitants de Rocinha

Parmi la foule carnavalesque, quelques ados semblent faire leur coming out, comme Jefferson, caleçon gris et petit haut noir, qui court sur ses talons, faux seins en avant, en se prenant des mains aux fesses par les chauffeurs de moto-taxi. «Il y en a qui en profitent pour se lâcher, c’est bon signe», commente Alexandre.

«On se croirait en plein carnaval»
Les canettes de bières tombent du camion, les icônes gays locales haranguent la foule, tandis que grossissent les rangs de danseurs du dimanche. «Il n’y a pas que des gays ici, pour tout le monde, c’est l’occasion de faire la fête, on se croirait en plein carnaval», commente Milene, venue avec ses amies. Paradoxalement, cette gay pride est tellement populaire, qu’elle ne rassemble qu’une minorité de gays. Et derrière les apparences de tolérance, le Brésil, actuellement en pleine campagne électorale, reste une société conservatrice. 198 homosexuels ont été assassinés l’année dernière, un des chiffres les plus importants au monde, selon l’organisation Grupo Gay da Bahia, soit une hausse de 62% depuis 2007.

Article publié sur le site tetu.com, le 25/10/2010

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Femmes de ménage, rêves de grand soir

Elles s’occupent des enfants des riches familles expatriées, tiennent leurs maisons et se plient à leurs demandes à n’importe quelle heure… Employées à la semaine ou à la journée, elle gagnent en moyenne 80 R$ pour des journées de huit à dix heures de travail.  Marilène est l’une d’entre elles. Portrait

La première fois que j’ai rencontré ce petit brin de femme, nous déjeunions chez une famille aisée de Leme. A table, ça parlait Français. Marilène comprend tout, mais ne dit rien. Cela fait des années qu’elle partage son temps entre plusieurs familles d’expats de l’hexagone. Elle fait partie de la famille, les enfants lui tiennent la manche quand vers 20 heures elle prend son sac pour rentrer chez elle. C’est comme leur seconde maman.

Elle dépose les enfants au cirque, chez leurs copains, fait les courses, range la maison, cuisine, garde les petits le week-end, sert les convives aux diners du samedi soir… Marilène est ce que l’on appelle dans les petites annonces “une personne de confiance”. Celle à qui on confie les clés de sa maison, ses enfants et ses petits secrets. Elle vous trouve tout dans l’heure. Une couturière ? Un réparateur de machine-à-laver ? Les meilleurs légumes au meilleur prix ? Marilène est débrouillarde, serviable et toujours disponible.

Contrairement à d’autres qui portent l’uniforme short et tee-shirt blanc, elle s’habille comme elle veut. Pour elle, l’important, c’est d’être toujours à l’heure et de ne jamais manquer son service. Il faut aussi se faire toute petite. Elle a déjà recommandé l’une de ses amies pour travailler dans une famille de brésiliens. Un jour, la maitresse de maison l’appelle pour lui dire qu’elle ne pourra plus faire appel à Diana, parce qu’elle a un tatouage, et que “les gens avec des tatouages, on ne peut pas leur faire confiance”. Marilène voit tout de suite la scène. Diana qui dévoile son épaule récemment tatouée d’un colibri entouré d’une rose, le mari qui jette un furtif coup d’œil, la femme s’en aperçoit. Pas de deuxième chance. Diana est remerciée. Marilène lui trouvera une autre famille dès que l’occasion se représentera.

Milène, sur le toît de sa maisonMarilène, sur le toît de sa maison

Dans l’intimité des familles du matin au soir, Marilène raconte toujours des histoires à dormir debout. Ceux qui refusent de lui payer son ticket de bus. Cinq réals aller-retour, soit deux euros. A la fin des baby-sitting, parfois après trois heures du matin, elle rappelle à ses employeurs qu’elle doit rentrer en taxi. “A pied, à cette heure là ?” Oui, certains pensent qu’elle va rentrer de Gavea, un quartier chic au pied de la favela où elle habite, à pied, en pleine nuit. Quand elle sort tard, elle enfouit dans son soutien-gorge les billets gagnés pendant la nuit, pour ne lâcher que son sac au cas où elle se ferait agresser.

Boucles brunes et corps de petite fille potelée, elle raconte tout ça avec un sourire mutin. Marilène fait partie de la classe moyenne, celle qui grâce à Lula a pu accéder au crédit, s’acheter une télévision, un frigidaire… Mais pas seulement. Marilène a eu de la chance. Ses employeurs français lui ont permis de devenir propriétaire. Jusqu’à l’année prochaine, elle leur verse l’intégralité de son salaire, et en échange, elle a pu payer cash une maison trois étages dans la rua 1, tout en haut de Rocinha, l’une des plus grandes favela d’Amérique Latine.

Vue depuis le toît de la maison de Marilène, sur Gavea, la Lagune et Ipanema

Elle est bien installée Marilène ?”, s’inquiète la mère de famille. En comparaison avec les autres maisons de Rocinha, elle serait presque une aristocrate. En moyenne, dans cette communauté, c’est 4 m2 par habitant. Les enfants et les parents ont peur de venir chez elle. Pourtant, elle les invite souvent. Peur de quoi? Ici, c’est la loi du  trafic qui domine. Un flot ininterrompu de motos-taxi grimpe en pétaradant la route principale de la favela, unique moyen de locomotion pour gravir cette raide montagne moyennant 2 réals. Fusils en bandoulière, les trafiquants sillonnent le « morro » (la colline), exhibant leur armes. Concrètement, la police n’a pas le droit d’entrer à Rocinha. Au pied de ce mur abrupt où s’accrochent les maisons de brique et de béton, des ados font le guet avec des talkie-walkies. Un peu plus haut, proche de la maison du chef du trafic, Antônio Francisco Bonfim Lopes, connu sous le surnom de « Nem », des trafiquants lourdement armés d’AK-47 et autres armes de guerre, assurent la sécurité de la rue. Au son de Seu Jorge, les crosses swinguent, la bière coule à flots. Le dimanche en début de soirée, les gamines descendent la rue, les fesses moulées dans des minis shorts en jean blanc, les tongues claquent sur le bitume humide. C’est l’heure du baile funk des ados… Dans un grand hangar, des petits, certains ont à peine cinq ans, dansent au son des derniers tubs du funk carioca. “Et dire que bientôt ma fille voudra aller au baile“, se désole Marilène.

Vue côté São Conrado, sur les habitations des quelques 150 000 âmes qu’abrite Rocinha

A l’entrée de la rua 1, là où habite Marilène, une boulangerie, une église évangélique, des pharmacies, des baffles qui crachent du forrò, la musique du Nord Este, d’où sont originaires la plupart des habitants de Rocinha. On grimpe, on grimpe… C’est l’une des seules rues où l’odeur des égouts s’efface. Mais les ordures et crottes canines jonchent le chemin de béton glissant. Des femmes chargées de courses, des hommes portant sacs de sable, planches de bois et autres matériaux de construction croisent des enfants qui courent après une balle.

Tout en haut, virez à droite à 90°. En haut des marches, il y a toujours un groupe de « bandits » armés qui surveille le haut de la rue où habite un des poids lourds du trafic. Marilène baisse les yeux, elle ne leur parle pas. D’ailleurs elle est connue comme « la femme de ». Son nom n’existe que par son mari qui tient une boutique de photocopie au début de la rua 1. Pas d’illusion, les trafiquants savent très bien qui est qui.

Ici, habitants et trafiquants vivent côte-à-côte, même si la plupart n’ont aucun lien avec les activités illégales qui se déroulent ici. Quand il faut résoudre un problème, ce ne sont pas les policiers qu’on appelle, les trafiquants règlent tout à leur manière. Un dimanche soir de festa juninha, fête nordestine organisée pour les enfants. Ambiance de kermesse, gâteaux de maïs, soupes de petit-pois, bombons… Les gamins jouent avec des pétards. Maria-Clara, 3 ans, se blottis dans les bras de Marilène. Elle a une peur bleue des bruits de pétards. Comme tous les enfants. Sauf qu’elle est née là où les bruits de pétards résonnent comme ceux des armes qu’elle frôle tous les jours quand elle va à la crèche. Tout d’un coup, un petit malin balance parmi la foule plusieurs pétards dans une canette. Des cris, tout le monde s’écarte. Les oreilles sifflent. Une femme est blessée. Son jean est ouvert, elle saigne. Des petits se plaignent de bourdonnement dans les oreilles… La fête est finie. Sur le chemin, les trafiquants s’enquièrent :” tu es blessée toi ? et toi, tout va bien ? ” C’est aussi cela le règne des trafiquants, ils “veillent ” sur la population, dans les meilleurs comme dans les pires moments. Quoi qu’il en soit, il y en a un qui n’est pas prêt de retoucher à un pétard.

Marilène dit qu’elle n’a aucune relation avec les trafiquants, elle connaît à peine leurs noms. Mais quand son mari fait une fête sur leur toit, tout le monde s’invite. Trafiquants, voisins pique-assiette, famille, amis…Open bar pour tout le monde ! Femmes de ménages, coiffeuses, gardes d’enfant, réceptionnistes la semaine, les amies de Marilène sont ici les reines de la fête ! Danse hypra sensuelle, micro jupes, talons aiguilles, chevilles tatouées et rajouts capillaires virevoltent sur l’une des terrasses les plus hautes de Rocinha. La vue fait rêver : la Lagune illuminée, la statue du Christ Redempteur… A Rio, les pauvres ont au moins le luxe d’avoir une belle vue.

Marilène aurait pourtant de quoi se plaindre: mais comme elle dit “je laisse mes problèmes chez moi, et quand je rentre le soir, ils se sont lassés de m’attendre et ont disparu“. C’est tout simple, mais cela fonctionne. Elle a toujours le sourire, la porte de chez elle grande ouverte, et l’envie d’aider tout le monde. Elle suscite la jalousie de toute sa famille. Parce qu’elle a la plus grande maison. “Mais je travaille jour et nuit, et puis mes sœurs refusent d’être domestique “, justifie-t-elle.

Débarquée avec un sac à dos à Rio il y a huit ans, Marilène s’est vite installée avec Beto, le père de sa petite fille. Lui est originaire de Resende, dans l’intérieur de l’Etat de Rio. Là-bas, il a sept enfants avec sept femmes différentes. Chaque petit est son portrait craché. Marilène en rit.

Son histoire familiale ressemble à une novela dont elle serait l’héroïne. Elle serre les dents en pensant aux couleuvres qu’elle doit avaler pour préserver les aparences. Sa belle-mère a divisé l’héritage entre ses quatre frères et soeurs, estimant qu’elle n’en avait pas besoin… Elle n’a jamais réclamé. Elle n’a pas moufflé non plus quand sa sœur a eu une aventure avec Beto alors qu’elle était enceinte de leur fille. Parfois, des petites remarques sur cette histoire refont surface, mais dans le fond, chacun sait que l’autre a sa vie cachée. Et puis aujourd’hui, Marie-Clara a un père, c’est l’essentiel pour Marilène.

Tout le monde se régale chez elle le dimanche, mais personne ne l’invite le reste du temps. Mais elle s’en fiche Marilène. “Moi, je ne calcule pas, c’est comme ça chez les pauvres, quand on peut s’offrir de la nourriture, et la partager, on en profite“. Elle économise peu, parce qu’elle doit payer sa maison. Elle dépense en petites choses quotidiennes. Quand elle va au marché, elle aime bien s’acheter une petite jupe, ou des produits de beauté . Parce qu’elle est toujours impeccable Marilène. Les ongles faits, les cheveux qui sentent bon, la peau soyeuse, une tenue soignée, quelques bijoux discrets… Je ne l’ai jamais vue habillée deux fois pareil. “Gostosaaaa“, soupirent les hommes sur son passage. Un “t’es bonne” local, auquel elle répond souvent  par un sourire avalé.

Quand elle se balade à Rocinha, elle croise des “amis”, clein d’œil, sourires suggestifs… Une fois, elle s’est retrouvée à une pizzeria en bas de la favela, avec son mari, et à la table d’en face un de ses ex-amants qui lui faisait des avances alors qu’il était avec sa femme. Elle en tremble encore. Ici, ce n’est pas que tout le monde se connaisse, Rocinha est une énorme ville dans la ville, mais les ragots vont vite.

Quand elle décide d’aller au baile après un baby-sitting, elle cache sa tenue de soirée dans son sac, et rentre discrètement à l’aube, sans réveiller son mari. Mais à 5 heures du matin, au baile de la rua 1, elle croise forcément l’un de ses voisins. Signe de tête. La musique enivre les corps et les âmes. Les fusils passent, comme tenus par des fils, au dessus de la foule qui saccade les mouvements les plus sexuels, et oublie qu’il est déjà 7 heures, que le soleil s’est levé, et que demain, c’est lundi.

Dimanche, c’est le jour du marché, le jour du repas de famille, le jour où on fête les anniversaires… Le jour où les femmes de ménage font le ménage chez elle. Chez Marilène, c’est toujours propre. A se demander quand elle a le temps entre ses heures de travail, pour s’occuper d’elle, de sa fille, de sa vie de couple… Quand elle rentre de baby-sitting en semaine à 3 heures, elle se lève à 6 pour aller attraper son van et courir dans la zone Sud, la plus chic de Rio. L’autre jour, elle a accepté un baby sitting alors que sa petite avait une énième bronchite. Sa sœur, oui, celle qui lui a emprunté son mari il y a quelques années, ose lui dire qu’elle ne s’occupe pas bien de sa fille.” Je me suis vraiment posé la question, tu sais. Tu crois que je m’occupe pas bien de Maria-Clara ?

La petite est fragile. Elle enchaîne les bronchiolites, les allergies et les rhumes. Elle porte des lunettes et quand elle les oublie, elle louche légèrement. Quand elle doit prendre des médicaments trois fois par jours, à la crèche on oublie de les lui donner, donc elle ne guérit pas. Et puis cette manie de les laisser les cheveux mouillés dans la cour après la sieste! Evidement qu’elle est tout le temps malade ! Marilène n’a pas d’assurance santé pour sa fille. Ca couterait 130 réals par mois, un peu moins de 50 euros. C’est un vrai budget. A peu près trois soirées de baby sitting. Pourtant, elle dépense bien plus en soin et en consultations.

A vingt-huit ans, Marilène ne veut pas d’autres enfants. Ce qui est rare chez les filles de son âge qui ont souvent déjà plus de deux enfants. Et puis elle élève ceux des autres, donc les enfants, c’est pas ce qui lui manque. Elle achète tous les mois en pharmacie une dose de contraceptif qui s’injecte, “une huile mais qui ne fait pas grossir”.

Elle a arrêté l’école à huit ans, n’a jamais pu faire d’études, parce qu’il fallait qu’elle travaille. Aujourd’hui, elle ose rêver à une vie où elle ne serait pas domestique. Elle a plein d’envies Marilène. Parler français, apprendre un métier, avoir un revenu fixe, peut-être même un contrat… Mais surtout vivre mieux.

D’ici l’année prochaine, Rocinha devrait être pacifiée par la police. Une opération qui consiste à chasser les trafiquants, à supprimer les armes et améliorer progressivement le quotidien des habitants. Pour l’instant, Marilène habite dans un territoire de non-droit. Elle a hâte que la police investisse sa favela pour pouvoir vivre autrement. Mais Rocinha est un monstre urbain, difficile à contrôler, délicat à envahir, niché au creux de deux montagnes, entourré par la forêt… Les habitants eux-mêmes ne savent pas si la police arrivera à reprendre le contrôle de Rocinha sans risque pour les habitants… Parce que l’entrée de la police, cela peut vouloir dire résistance des bandits, fusillades, balles perdues, victimes… Marilène sait que la pacification aura lieu. Personne ne sait encore quand exactement. Du haut de sa maison, elle voit des impacts de balle sur le mur de son voisin. La violence est à la fois diffuse et omniprésente. Mais Marilène fait semblant de ne pas s’inquiéter. Ancienne évangéliste (le carnaval 2010 a eu raison de sa dévotion), elle a gardé de ce culte l’optimisme et l’amour du prochain en toutes circonstances…

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Le Brésil aux urnes

Le 3 octobre, 135 millions d’électeurs brésiliens sont appelés à élire leur futur président de la République. Un vote important pour cette jeune démocratie devenue 8e puissance mondiale.

Voici quelques aperçus de la campagne à travers des reportages radio réalisés la semaine précédant le premier tour, à Rio de Janeiro.

La classe moyenne brésilienne qui représentaient 42,5% de la population en 2003, au début du premier mandat du président  Lula, rassemble aujourd’hui 52% des 190 millions d’habitants. Un phénomène spectaculaire qui a permis à cette nouvelle classe C (qui gagne entre 439 et 1900 euros) de consommer. Le discours est souvent le même: “grâce à Lula, j’ai pu m’acheter une télévision“. Au-delà des équipements électroménagers, c’est aussi une nouvelle vision de l’avenir qui se dessine pour ces brésiliens, autrefois exclus du marché de la consommation. “On nous écoute et on nous respecte, notre voix compte aujorud’hui“, confie Luis, habitant de Dona Marta.


Pour la première fois depuis plus de vingt ans, le très populaire Lula ne fait pas partie des candidats à l’élection présidentielle. Il doit passer la main à Dilma Rousseff, sa dauphine.

L’une des caractéristiques de cette campagne, c’est le formidable effort de transfert du président Lula sur sa dauphine, Dilma Rousseff. Une femme au charisme quasi-nul, qui n’a jamais participé à une élection, et que personne ne connaissait il y a encore quelques mois.

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Chi-chi-chi, lé-lé-lé…la bonne histoire des mineurs chiliens

“Oui, on est désolés de te réveiller, mais il y a des mineurs bloqués au Chili qui ont survécu après 17 jours sous terre, on sait que tu es au Brésil, mais là…” J’ai d’abord cru à une blague. 3 heures du matin? Des mineurs chiliens? Mais cette nuit là, mon chef à le nez creux. C’est LA bonne histoire de la rentrée. Celle que les journalistes attendent, que les rédac chefs “feuilletonnent” et que les réalisateurs s’arrachent…

La bonne histoire

Y en aurait-il de « mauvaises » ? Disons, qu’il y a des « histoires » plus ou moins faciles à vendre. Celle là tombe au bon moment. Le Chili est le parfait exemple de ce grand écart. En février dernier, un séisme tue plus 700 Chiliens. Trop peu après l’hécatombe haïtienne du début d’année. Et puis la tempête Xynthia allait balayer l’Europe et tuer 53 personnes en France. Mauvais timing pour mobiliser les médias hexagonaux.

Samedi 21 Août, en pleine nuit, alors que les matinales préparent leur rentrée, un message griffonné par des mineurs encore anonymes atterrît dans les mains du président Piñera, transporté de joie devant les caméras. « Estamos bien en el refugio, los 33 ». Début du « feuilleton ». En plus de tenir en haleine le peuple chilien qui suit, jour après jour, les aventures de ces nouveaux héros, c’est l’occasion pour les rédactions de vendre une histoire truffée de superlatifs. Et pour le tout nouveau président qui a discrètement pris ses fonctions peu après le séisme, une occasion en or massif pour redorer sa popularité.

C’est vrai qu’elle est hors normes cette histoire. 33 mineurs, 700 mètres sous terre, bloqués pour trois à quatre mois. Dejà, les interrogations fusent ! Comment mangent-ils ? Mais ils n’ont pas de lumière ? Ils font comment pour uriner ? Bref, une fabuleuse aventure qui ne laisse personne indifférent.

Au plus près de l’ « info »

Pour « couvrir » cet événement, la presse internationale s’agglutine aux abords de la mine de San José. Au beau milieu du désert d’Atacama, à une heure de route de Copiapò, le campement « Esperanza » rassemble, dans une ambiance de kermesse, journalistes, secouristes et familles des mineurs. Ca parle espagnol, français, anglais, parfois japonais… La municipalité de Copiapó a installé une grande tente qui sert de réfectoire. Matin, midi et soir boissons, en-cas et repas sont offerts aux familles mais aussi à la presse. Une cinquantaine, pas plus. Nous sommes à deux mois de la sortie des mineurs, qui aura finalement lieu mi octobre, bien avant la date de Nöel, précédemment annoncée.Le jour de la sortie, ce seront 2000 journalistes accrédités qui feront vivre au monde entier l’épilogue de cette aventure.

Les entreprises privées en profitent pour faire leur publicité. Distribution de crèmes solaires, de barre de céréales, de tee-shirt reprenant les mots miraculeux des mineurs… Les évangélistes viennent aussi répandre leur bonne parole, distribuant 33 bibles aux mineurs grâce à la sonde qui les relie au monde extérieur.

Dans cet univers étrange, les reporters déjeunent à côté de ceux qu’ils ont interviewés le matin même, « montés puis mis en boite pour le 13heures ». « On va se faire une famille avant de rentrer ? », lance à son assistante un journaliste allemand. On en vient à oublier que les gars de la mine risquent leur vie. Même la NASA a été consultée. Daniel Byrne, un américain spécialiste en cryogénisation venu à la mine par simple curiosité, ose imaginer le pire : « Si l’un d’entre eux meurt, impossible de sortir le cadavre, il faudrait alors penser à le congeler ».

Certains médias ont même planté leur tente à côté de celles des familles. Si l’un des mineurs venait à s’échapper, ce serait dommage de ne pas être là ! Peu probable.

Des policiers jouent avec les enfants des mineurs au Campo EsperanzaDes policiers jouent avec des enfants qui attendent leur père au Campo Esperanza

« Il n’y a rien à voir ici en fait », ose un reporter d’un quotidien français. Regard gêné des collègues… Il n’a pas tort. En dehors des conférences de presse où les ministres gardent leur casque de mineurs pour la photo, ici, on attend. « On en vient à étirer les angles au maximum : que mangent les familles ? Combien de cuillers de sucre met la sœur de tel mineur dans son café ? » ironise un envoyé spécial plein de ressources.

Quand il n’y a rien à raconter sur le terrain, on trouve des situations dramatiques. La dernière en date ? Plusieurs mineurs sont attendus par leurs femmes et …leurs amantes ! C’est le Telegraph qui ouvre la chasse à la maîtresse et à la femme cocue. « Par là, c’est la famille de Yonni », pointe Marta, volontaire de la Croix Rouge. La famille en question a bizarrement décidé d’attendre son mineur à la maison, loin des caméras.

Le lendemain, autre histoire croustillante. Quatre des rescapés de l’accident d’avion du vol 571 de la Fuerza Aérea Uruguay en 1972 viennent parler aux mineurs. On se souvient surtout que pour survivre, ils avaient mangé les cadavres des autres passagers. Le morbide qui côtoie le dramatique, « enfin quelque chose à se mettre sous la dent », plaisante un photographe chilien.

Le Camp Esperanza, entre les collines minérales du désert d’Atacama

La mine, une manne économique

Pris au piège dans un obscur refuge saturé d’humidité, les mineurs sont loin de se douter que grâce à eux, les hôtels des villes voisines sont pleins. Envoyés spéciaux, correspondants, documentaristes, photographes d’agence… Tout le monde est sur le coup. Pour les autochtones francophones ou anglophones, c’est une aubaine ! Ancienne interprète pour un grand groupe minier chilien, Darinka a eu du flair. Avec ses grands airs de Castafiore latine, elle a su se rendre indispensable comme traductrice auprès des journalistes étrangers. Elle s’est même fait faire un faux arrêt de travail pour se libérer de son emploi officiel. Professeur d’anglais au lycée de Copiapó, elle a doublé son salaire ce mois-ci. « Tu veux rencontrer le mineur amputé qui avait prévenu que la mine allait s’effondrer ? ». « Oh oui », s’enflamme un correspondant américain.

Tout francophone devient une mine d’information pour la presse. « J’ai trouvé un professeur de métallurgie francophone » se targue un journaliste face à un confrère canadien. « Et le tour des mines du coin, tu l’as fait ? », enchaîne-t-il. Car la région se transforme en circuit journalistique. Premier exportateur mondial de cuivre, le Chili regorge de mines aux conditions de sécurité plus qu’aléatoires. Les mineurs doivent être bien surpris de voir débarquer les Jeep de la presse internationale là où normalement personne ne va.

Alors que les reporters se relayent, rendez-vous est pris pour la libération des « 33 » comme on les appelle. Comble du cynisme, certains journalistes lancent même les paris sur la date. Ils avaient le choix, tout le monde est tombé à côté… Bien avant Noël…

Au début de l’aventure, les reportages pour RTL, en direct de Copiapo, Chili.

 

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Gueule de bois au Brésil ce matin…

Le quintuple champion du monde renvoyé chez lui en quart de finale?  Le grand favori du mondial a été éliminé par des hollandais plus habiles en deuxième mi-temps, et ça les brésiliens ont encore du mal à y croire… Comment se vit au jour le jour  une défaite en Coupe du monde au pays de Pelé?

Le jour maudit

Un soleil de plomb,  de la bière qui coule à flot, un écran géant HD et une belle affiche! Brésil/ Hollande, ce sont déjà trois matchs en Coupe du Monde, dont deux victoires du Brésil, en 1994 aux Etats-Unis puis en 1998 au Vélodrome de Marseille. Sur la plage de Copacabana, tous les ingrédients sont réunis pour faire de ce premier match de quart de finale une grand fête populaire! Veille de week-end, il est encore plus agréable de ne pas travailler ce vendredi. Eh oui, les jours de matchs, le pays, paralysé, n’a d’yeux que pour le ballon rond qui cristallise ici les passions les plus folles.

Au FIFA FAN FEST-plage de Copacabana, des milliers de supporters acclament Robinho qui lui-même remercie le ciel/ MN

A la 10e minute, plus de 80 000 personnes exultent de joie au premier but de Robinho face aux Néerlandais. Premier et dernier but pour les auriverdes. Après la mi-temps, à quelques mètres de la plage, on a pu entendre au loin, la commentateur brésilien hurler “Goooool”, suivi d’un silence de mort. “Tiens, il y a eu un but?

C’est le début d’une descente aux enfers pour la Seleção qui se fait dominer par une équipe hollandaise ragaillardie. Rapidement, l’ambiance change, les occasions manquées achèvent d’enfoncer l’espoir des supporters dans le sable chaud. Des insultes fusent des “puta que pariuuuuuuu”, des “caralhoooooo”… Les visages se ferment, les mines déconfites se mouillent de larmes mélangées au maquillage vert et jaune. Coup de sifflet final. Le Brésil est éliminé.

Vous avez perdu, eh bien dansez maintenant!

Quelques supporters oranges font la ronde sous le regard hagard des supporters brésiliens qui les félicitent et les prennent en photo. La plage se vide… Mais d’irréductibles supporters restent pour profiter de la fête. L’école de samba Mangueira assure le show, malgré tout. “Notre Seleção a manqué d’énergie, mais nous, on est là pour vous en donner, notre cœur est meurtri, mais nous sommes toujours fiers d’être brésiliens“, déclame le chanteur.

Incroyable. Après cette amère défaite, un millier de personne danse sur la plage, au son de la samba, du funk et de performances grotesques de sosies de Michael Jackson. Et ça rebole en mini short, tout sourire! Des supporters continuent à s’époumoner pour faire crier vuvuzelas et autres cornettes dans les petits bars près de la plage. Assises à une table avec une bière bien fraîche, Marisa et Ana refont le match. “Oui, j’ai pleuré, parce que je suis brésilienne, mais on ne va pas se laisser abattre, le football est né au Brésil, alors c’est pas aux vieux singes qu’on va apprendre à faire la grimace“, crie Marisa.

Après une fête quasi amnésique, le Brésil se réveille samedi matin avec une sacré gueule de bois. Les décorations vertes et jaunes ont disparu, les maillots aussi. La Seleção de Dunga est rentrée en catimini dans la nuit de samedi dans un pays déprimé. Ce week-end, difficile de parler de foot. Comme si tout le monde faisait semblant d’avoir rêvé cette défaite. Un mauvais rêve qui laisse une impression de nonchalance dans les rues de Rio. “De toutes façons, ils ne sont plus brésiliens nos joueurs, ils évoluent tous dans des clubs étrangers“, rumine Rogildo, mon vendeur de noix de coco. Seul horizon viable pour les brésiliens, 2014. La prochaine Coupe, ici, chez eux, au Brésil.

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La favela Santa Marta coule son bronze à l’effigie de Michael Jackson

Pour commémorer le premier anniversaire de la mort de Michael Jackson, une petite centaine de fans a grimpé au morro de Dona Marta, pour assister à l’inauguration d’une statue et esquisser quelques pas de danse…

En 1996, Michael Jackson choisit le Brésil pour tourner le clip de “They don’t care about us”. Deux lieux sont retenus: Salvador de Bahia, dans le centre historique Pelourinho, où le groupe afro-brésilien OLODUM bat le tambour face aux maisons colorées et le morro de Dona Marta, une favela située au coeur du quartier de Botafogo, au pied du Corcovado. Dans le clip, quand MJ n’est pas entouré de percussionnistes, il est à Rio de Janeiro, au morro de Dona Marta.

A Salvador, on entend encore résonner les percussions du clip au fond des boutiques à touristes. Dans la capitale de la culture afro-brésilienne, chacun raconte un souvenir lié au passage de la star, qui jadis, eu la peau noire. A Santa Marta en revanche, difficile de trouver la trace d’un habitant de l’époque. “C’était pas il y a cent ans non plus!“, s’étonne un journaliste. Le président de la communauté des habitants, José Mario Hilario dos Santos explique que la plupart ont déménagé depuis…

Le président de la communauté des habitants, José Mario Hilario dos Santos/ MN

Quoiqu’il en soit, le petit rondouillard compte bien profiter du passage de la star pour faire de sa communauté un haut spot touristique et un lieu culturel. Grâce à une mosaïque géante et à la statue (conçue par le sculpteur brésilien Ique) le toit de ce centre culturel ne devrait pas tarder à se transformer en musée à ciel ouvert à grand renforts de cierges, photos stylisées et autres babioles. Idéal pour contredire le refrain de la chanson aux œufs d’or. “They do care”. Et ça, ça rapporte!

La statue de Michael Jackson inaugurée le 26 juin 2010 au Morro de Dona Marta, Botafogo, Rio de Janeiro/ MN

En attendant de devenir le lieu de pèlerinage des fans de l’homme au gant blanc, les fans sont venus déguisés pour découvrir la nouvelle statue de leur idole. “C’est le moins que l’on puisse faire pour Michael quand on sait la formidable visibilité qu’il a donnée à notre communauté” explique un jeune au tee-shirt siglé MJ. Chapeaux de crêpe, tee-shirt bon marchés, pin’s, gants de cotons, poupée Barbie Michael…L’attirail est cheap, mais l’ardeur est quasi religieuse. Quand la statue est dévoilée, une gamine à l’épaule tatouée de la silhouette de l’affiche du film “This is it” fond en larmes, tandis qu’un ado décoloré fredonne maladroitement les paroles de “Billie Jean”.

Corps et âme pour Michael, et le mois prochain, c’est le bras!

Fan jusqu’au bout des ongles. La classe!

Plouf plouf, ce sera toi la fa-ve-la

Pourquoi a-t-il choisi Santa Marta? Le président parle d’un “bon contact social“. Entre Rocinha et Vidigal, également en lice pour accueillir le chanteur, c’est finalement Santa Marta qui a séduit. A l’époque, les trafiquants ont autorisé celui que les brésiliens appellent “Maicon” (sic!) à monter à pied dans la favela (le bondinho n’existait pas encore). Il a eu le “cran” de monter sans gilet pare-balle contrairement à Madonna.

Si la vue depuis Vidigal ou Rocinha n’est pas mal non plus – entre la plage de Leblon et la vue de Lagoa-, Dona Marta parait un petit village nichée au creux des aisselles du Christ Redempteur, avec vue sur le Pão de Açucar, la Lagoa, le pont de Niteroi, le Centro…Effet de mode, Madonna, puis Beyoncé et Alicia Keyes sont venues grimper le morro pour contredire la chanson de Michael Jackson. “Mais non, ils s’en foutent pas de nous, y a même Madonna qui vient“!

Des habitants de Dona Marta regardent les fans/ Louis Wyers

Première favela pacifiée par une unité de police en décembre 2008, Santa Marta fait figure de bonne élève.  A la tête de l’UPP (unité de police pacificatrice), Priscilla de Oliveira Azevedo, 32 ans. Un petit bout de femme à l’énergie contagieuse qui échange avec les enfants les dernières images “Panini” du mondial pendant que les fans hurlent sur “Thriller”.

Toujours citée en exemple pour des initiatives telles que l’internet gratuit pour tous les habitants, Dona Marta est aussi le lieu d’audacieuses expériences artistiques, telles que “Favela Painting“. On sent comme une ambiance dysneylandesque dans cette favela, pleine de couleur et de musique, où les policiers vous déposent au belvédère… Mais après tout, c’est très Michael Jackson tout ça!

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